Acte 1 – le musée de la viscose, au sud de Grenoble dans la commune d’Echirolles. Le bus nous laisse sur le bord de la route devant un centre commercial.  Là, longer une route très fréquentée par les automobiles avant de prendre une allée buissonneuse et sauvage et entrer dans le musée. Là, entrer dans

Voyage textile à Grenoble – AFET 11 & 12 avril 2014

 

Odile Blanc

Crédits photographiques : Odile Blanc, Josiane Pagnon, Florence Valantin, Catherine Vermorel

D’après une idée de Catherine Vermorel, décor du Musée de la Viscose, du Musée Hébert, du Musée dauphinois, avec la participation d’Odile Blanc, Marie Thérèse Chaupin, Marguerite Coppens, Françoise Cousin, Jacqueline Delclos, Corinne Duroselle, Marguerite Gagneux, Frank Miyet, Josiane Pagnon, Florence Valantin, Catherine Vermorel, Fanny Viollet.

 

l’ancienne cité ouvrière, les registres du personnel où des vies innombrables ont été fichées, consignées, photographiées, plus de cinquante nationalités depuis les années vingt pensez donc ! et les habitations construites pour ces travailleurs gyrovagues et infatigables. Aimant leur métier dans ces vastes espaces chauds, humides, et sentant l’œuf pourri. Cette odeur ne les quittait pas, leurs enfants non plus, on les moquait, à l’école.

Ils fabriquaient le fil de viscose, matière hautement inflammable et qu’ils aspergeaient sans relâche d’acétone pour qu’elle ne sèche pas et qu’elle soit filable. Elle l’était, dans l’entre-deux guerre ce fut un

succès incroyable, les soies artificielles étaient modernes et faciles à vivre, et elles durèrent jusqu’après la guerre (la deuxième). Et ensuite elles durèrent encore, le polyester look était incontournable dans les années soixante-dix. Et puis après, bah… on ne voulait plus en entendre parler, et lorsque la cheminée de l’usine fut démolie en 1989, tout un monde disparut, d’un coup d’un seul. L’écroulement de la cheminée, le 2 mars 1989 à 17 heures, marqua la fin de l’entreprise, et ce fut terrible.

 

Pour en savoir plus : Des bruits d’usine, un film de Martine Arnaud-Goddet coproduit par la Ville d’Echirolles & Cinex, atelier du cinéma excentrique, 2003, disponible en DVD ; Patrice Ricard, Jean-Louis Pelon, Michel Silhol, Mémoires de viscosiers. Ils filaient la soie artificielle à Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 1992

www.musee-viscose.fr

Acte 2 – le musée Hébert, au Nord de la ville après l’hôpital de La Tronche. On le rejoint, d’abord, en contournant son merveilleux jardin.

Dans la grande salle sont actuellement exposées des photographies de l’extrême fin du XIXe siècle prises par madame Hébert, qui se passionna pour ce nouveau

medium et immortalisa ainsi les voyages du couple en Italie. Ruines et paysages pittoresques, scènes de la vie quotidienne telles les sorties de messe, processions, grandes buées au lavoir communal, portraits enfin, qui sont autant d’études du costume local que le couple collectionnait.

Comme bien des peintres de son époque et avant lui, Hébert utilisait des costumes et des tissus dans ses peintures de la vie locale ou ses sujets historiques. L’exposition présente ainsi une robe de paysanne rapportée d’Italie. L’usure de la soierie bleu pâle façonnée de motifs floraux de couleurs vives, dans laquelle on devine une soierie du XVIIIe siècle, italienne sans doute, la pièce délavée rapportée sur le devant, les fines bretelles reprises de nombreuses fois tout comme les coutures, sont un témoignage touchant du soin que l’on prenait d’un vêtement précieux longtemps porté, sans doute donné par une femme aisée.

La conservatrice, Laurence Huault-Nesme, avait sorti des réserves quelques pièces textiles pour la délectation des membres de l’AFET. Costumes italiens contemporains, eux aussi maintes fois reprisés, vêtements orientaux dont la provenance n’est pas toujours certaine, tulle brodé de l’époque Directoire que l’on retrouve dans des peintures de Hébert, ceintures brodées, et cette incroyable redingote noire brodée de perles de verre de Worth. Un ensemble hétéroclite acquis pour le plaisir et s’invitant volontiers dans les toiles de l’artiste, et qui fait désormais collection. Rarement montrée au public et n’ayant jamais fait l’objet d’une étude ni d’une exposition et encore moins d’une publication spécifique, elle attend son historien.

La maison recèle bien d’autres trésors, ses peintures murales découvertes à la faveur de travaux de rénovation, de nombreuses pièces de céramique, majoliques et carreaux de faïence, des meubles et cette atmosphère de vie à la campagne conservée pour le plaisir du visiteur.

Pour en savoir plus, parmi les nombreuses publications du musée : Italiens pittoresques 1888-1893. Instantanés de Gabrielle Hébert, 26 mai 2012-2 janvier 2013, musée Hébert, catalogue sous la direction de Laurence Huault-Nesme, La Tronche, 2012 ; Ouvrages de dames, exposition à Noël 2013, pas de catalogue mais une brochure disponible gratuitement au musée

www.musee-hebert.fr

Acte 3 – le musée dauphinois. Accroché à la montagne, surplombant l’Isère et offrant un magnifique point de vue sur la ville et le paysage alpin alentour, ce musée de société souvent et justement cité comme un modèle du genre, œuvre pionnière de Jean Guibal, prolonge une exposition successful consacrée aux dessous et en rapport, bien entendu, avec la production iséroise dans ce domaine.

Grenoble fut en effet, au siècle dernier, le lieu d’une fabrication industrielle dédiée à la lingerie féminine : Valisère (aujourd’hui Triumph international), Playtex et son fameux “cœur croisé”, Lou, sont des noms de marque qui nous parlent et sont toujours fabriqués… mais plus dans les terres iséroises. Des culottes fendues au linge de corps de nos ancêtres, des trousseaux aux abécédaires et marquoirs, ce pensum des jeunes filles jusqu’à l’orée des années cinquante, des corsets (spéciale dédicace à l’armure rutilante réalisée par Jean Paul Gaultier et prêtée par Josiane Balasko) aux soutiens gorges “obus” des pin-up célébrées par Aslan et Brenot,

sans oublier le ravageur Wonderbra, ce parcours propose de voyager dans l’intimité de la fabrication des corps (cet autre nom du corset) comme dans l’activité industrieuse qui l’a un temps rattachée aux hommes et aux femmes de Grenoble. Tel(le) était “dans le slip”, l’autre “dans le panty” ou “dans le soutif”, tous ont tâté de la dentelle, de la maille et de l’élastique, dans des conditions assez difficiles et diverses dont leurs témoignages, présentés à la fin de l’exposition, donnent une idée contrastée mais toujours attachée à leurs métiers.

Lou, c’est l’histoire d’un vrai mariage d’amour, la séquence chabada de l’exposition. Alto (intégré à Playtex en 1964), marque ignorée jusqu’alors par l’auteur de ces lignes, c’est “O-yes jolie poitrine”, silhouette en revanche fort bien connue de Jean Pierre Léaud dans le film de Jean Luc Godard Masculin féminin. Personne n’a oublié la “manif des soutifs” des employés de Valisère en 2010, qui a précédé la fermeture des usines Playtex à la Tour du Pin. En sortant, on nous invite à fredonner de célèbres chansons mettant en scène les dessous, chics pour certains, 55g de nylon irrésistibles pour d’autres… à découvrir les portraits culottés de Chloé Prigent et les emballages arty de rébecca (!) fabulatrice qui a rhabillé moules à gants, fers à repasser, rouets, métiers à broder et mains de fer de bretelles de soutien-gorge du rose au fuschia. Frou-frou on vous dit !

 

Pour en savoir plus : Les dessous de l’Isère. Une histoire de la lingerie féminine, jusqu’au 30 juin 2014, sous la direction de Chantal Spillemaecker et Franck Philippeaux qui furent d’espiègles cicerone et des hôtes délicats dans le très beau cloître du musée.

www.musee-dauphinois.fr

rebeccafabulatrice.blogspot.fr

Chloé Prigent est sur facebook comme tout le monde

acte off – votre serviteur s’est dit qu’une fois gravie la montagne, il serait dommage de ne pas faire un tour dans les collections permanentes du Musée Dauphinois pour aller à la rencontre de l’Alpe et de ses habitants. Ou comment, durant sept mois d’hiver (tout de même), à l’abri d’épaisses murailles où ne percent que de rares croisées, à la faible lueur de la lampe mais proches de la chaude présence des bêtes, hommes et femmes ornaient sans relâche et jusque dans leurs moindres détails les objets et outils de leur quotidien, de la cuillère à la sonnaille, du pétrin à la solive de la grange.

Et puis rester à Grenoble, quoi ! pour le musée de l’ancien évêché, les dessous archéologiques, moins soyeux certes et ô combien minéraux, de Grationopolis, ses maquettes d’une cité gallo-romaine, ses trésors médiévaux, ses escaliers et recoins inouïs, son peintre actuellement exposé chez lequel on retrouve le gout des scènes locales et historiques chères à Hébert (un classique de l’époque, soit) ; pour le couvent de sainte Cécile, siège de la fondation Glénat, ses trésors livresques et graphiques, avec en ce moment une exposition autour de créatures et paysages fantastiques, de Jérôme Bosch à Druillet ; pour le musée de Grenoble bien sûr, superbe vaisseau fièrement campé au bord de l’Isère, sur l’autre rive que le musée dauphinois ; (j’omets le Magasin car faute de temps je n’ai pu m’y rendre) ; pour la place Saint-André face au vieux palais de justice, un brin de causette avec Bayard - dont la statue mériterait quelque restauration soit dit en passant – et le serveur de la

Table ronde qui règne en maître et fin observateur sur sa grande terrasse, occasion inoubliable d’une immersion hautement anthropologique dans le cœur de la ville ; pour la noix cela va sans dire, nous avons vu au musée Hébert un délicat nécessaire à couture en vermeil enchâssé dans une noix, Andersen aurait adoré c’est certain.

J’en passe et des meilleures, je ne vais tout de même pas faire de la publicité pour l’hôtel que j’avais choisi et qui pourtant présente un choix d’intérieur tout à fait inédit, ni pour

quelques pâtisseries renommées, alors que j’étais en chasse pour la noix de Pâques (si, allez, je ne résiste pas mais c’est pour le nom : Cassandre, pour une pâtisserie il faut le faire, vous me l’accorderez). Et remarquez bien que je déteste les montagnes, surtout les Alpes, ces érections de roche tout à fait improbables et qui gênent la vue, surtout lorsqu’on est amateur de plat pays. Les collines de Toscane oui, les Pyrénées à la rigueur, mais les Alpes…

www.ancien-eveche-isere.fr

saintececile.glenat.com

www.museedegrenoble.fr

 

Plusieurs fois par an, l’AFET propose des visites de collections textiles                                                                                                                                                           En lire plus...