Zone de Texte: Sens dessus dessous
Usages et représentations du vêtement à l’hôpital psychiatrique

Exposition du 2 décembre 2015 au 3 juillet 2016

La Ferme du Vinatier - Centre Hospitalier Le Vinatier - 95 Bd Pinel- 69678 Bron

Compte rendu et crédits photographiques : Catherine Vermorel

Visites en solo. Nos adhérents ont vu...

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Drôle d'endroit pour un rendez-vous !

Impossible, pour moi, de rater ce rendez-vous qui m'était donné par cette institution si particulière, où… je suis née. C'est avec mon père – qui, dans les années 1950, a fait là, ainsi que ma mère, ses premiers pas d'interne des hôpitaux  psychiatriques – que j'ai effectué ce pèlerinage qui offrait, en prime, une plongée au cœur d'un  point central dans cet univers : le costume.

Dans le cadre d’une saison culturelle dédiée au vêtement, sous la direction de Sylvain Riou, chargé des projets artistiques et des expositions à La Ferme du Vinatier, Sens dessus dessous - Usages et représentations du vêtement à l’hôpital psychiatrique tentait de montrer la spécificité de l’hôpital psychiatrique à travers l’usage, l’évolution et les représentations liées au vêtement dans l’institution.

 

 

C’est comme symptôme autant que comme scène symbolique, que l’exposition du Vinatier envisageait le vêtement (des soignants comme des soignés) à l’hôpital psychiatrique. Il est le symbole d’une évolution historique de la psychiatrie, comme le montrent des images d’archives, des objets et des témoignages audio : de l’enfermement asilaire du XIXe siècle avec ses camisoles de force et ses austères uniformes de gardiens, à l’ouverture progressive après 1945, où l’on tente d’humaniser la garde-robe psychiatrique. Et jusqu’aux innovations de la psychothérapie institutionnelle où patients et soignants portent tous des habits "normaux", fissurant ainsi les frontières entre malade et non malade.

jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle, où les traitements neuroleptiques les remplacent peu à peu. Si on ne rencontre plus la camisole de force, jugée indigne aujourd’hui, son image a marqué les esprits.

L’après-guerre et l’humanisation des hôpitaux psychiatriques

Conçu et organisé pour fonctionner en quasi-autarcie, l’asile resta un monde clos jusque bien après la fin de la seconde guerre mondiale, au lendemain de laquelle médecins et soignants militent pour une humanisation du soin et une ouverture de l’hôpital sur l’extérieur. L’amélioration du vestiaire des malades constitue l'un des  outils  de  cette

AUTOUR DE L’EXPOSITION

QUELLES TENUES ! – CREATIONS TEXTILES REALISEES PAR DES PATIENTS

De septembre à novembre 2015, l’artiste plasticienne Nadine Lahoz-Quilez a invité les usagers du centre hospitalier à s’approprier le vêtement hospitalier en l’individualisant et en le transformant à travers différentes techniques comme la broderie ou le dessin sur textile, au cours d’ateliers de création.

EN SAVOIR PLUS

Site internet de la ferme du Vinatier

http://www.ch-le-vinatier.fr/ferme/saisons-precedentes/2015-2016/sens-dessus-dessous-1234.html

soigne les esprits et où le quotidien ne tourne pas autour du lit ? Doit-on y voir une survivance du passé asilaire de l’institution, une simple commodité dans l’exercice du soin, ou bien la considérer comme un outil thérapeutique nécessaire à la prise en charge des patients ?

Depuis son premier rapport en 2008, le contrôleur général des lieux de privation de liberté alerte régulièrement sur la nécessité de prendre en compte le fort pouvoir stigmatisant du pyjama et l’impact dépersonnalisant qu’il est susceptible de générer lorsque son port est prolongé.

Le vêtement symptôme

LE VETEMENT CONSTRUCTEUR D’IDENTITE

Cette section mettait en valeur l’importance du vêtement et de l’uniforme dans la construction d’une identité professionnelle.

Vêtement et identité professionnelle

Pour les jeunes médecins et soignant(e)s, la première blouse portée est une étape importante dans la construction de leur identité professionnelle.

Dans l’univers de l’hôpital psychiatrique, où des professions non spécifiquement liées à l’hôpital côtoient les professions médicales, il établit

COMPRENDRE LES GRANDES EVOLUTIONS DE L’HISTOIRE DES HOPITAUX PSYCHIATRIQUES A TRAVERS L'USAGE DU VETEMENT DANS L’INSTITUTION

 

La première section de l’exposition plaçait le vêtement comme poste d'observation des transformations qui ont marqué l'histoire de l'institution psychiatrique.

Naissance des asiles d’aliénés au XIXe siècle

La loi du 30 juin 1838 obligeait, pour la première fois en France, chaque département à se doter d’un lieu spécifique pour soigner les "aliénés". Omniprésent à cette époque dans toutes les institutions d'assistance, d'éducation ou de réclusion, l’uniforme va jouer un rôle important dans les asiles assignant à chacun sa place et garantissant une séparation stricte entre les malades et le personnel. Il est le marqueur d’une hiérarchie rigide entre tous ceux qui travaillent à l'asile. Du côté des malades, les vêtements de contention sont largement utilisés

révolution. En 1952, une circulaire ministérielle demande aux institutions d’abandonner totalement les uniformes des gardiens au profit de la blouse blanche des infirmiers. Avec l’arrivée des neuroleptiques, l’usage de la camisole de force disparaît peu à peu des hôpitaux psychiatriques.

LE VETEMENT : UN OUTIL DU SOIN EN PSYCHIATRIE?

Le vêtement au fil du soin

Cette section questionnait la place qu’occupe aujourd’hui le vêtement hospitalier dans le parcours de soin en psychiatrie, et le rôle de l’uniforme dans la relation entre le soignant et le soigné. Le port de l’uniforme n’est plus systématique dans l’hôpital psychiatrique. La mise en pyjama, quant à elle, est souvent imposée aux patients en début d’hospitalisation, notamment

au sein des services d’urgences et dans les chambres d’isolement. Elle trouve sa justification en tant que mesure de sécurité qui permet d’éliminer tout objet potentiellement dangereux. Symbole de l’institution  hospitalière, elle entend inscrire le patient de façon visible dans son statut de malade, l’engager à prendre conscience de sa pathologie et à se placer dans une posture de soin.

Mais comment expliquer cette pratique dans un lieu qui

L’habillement tient une place importante dans la sémiologie psychiatrique. Au-delà du cadre médical, l’apparence vestimentaire participe également de l’image du "fou" que se construit notre société.

Un dispositif ludique et interactif amenait le visiteur à se demander jusqu’à quel point l’apparence vestimentaire peut être considérée comme un symptôme.

de façon visible, une  distinction entre les corps de métiers.  Cette exposition n'explorait pas vraiment la place des religieux (ses), pourtant majeure dans les institutions hospitalières, particulièrement en psychiatrie, où les sœurs ont constitué pratiquement les seuls soignants des femmes (en dehors du médecin-chef) et  sont restées actives jusque dans les années 1970.

DETOURNEMENT ET ARRANGEMENT DE L’INDIVIDU FACE A L’UNIFORME

L’uniforme ne résiste pas indéfiniment à la singularité de l’individu. Aujourd'hui, les adolescents du service de pédopsychiatrie tordent le pyjama, le relèvent ou le nouent pour en faire une tenue qui leur est propre.

Détourner le pyjama d’hôpital, le transformer pour se l’approprier, jouer avec ce costume, l’habiter, permet au patient de ne pas se sentir absorbé par l’institution.

De même, les jeunes professionnels soignants et médecins sont souvent confrontés à la décision de porter ou non leur tenue de travail, tiraillés entre l’envie d’appartenir à une corporation, le désir de reconnaissance par les pairs et le fait de favoriser une proximité avec le patient, en ôtant cette barrière symbolique que représente la blouse blanche. Alors, l’infirmière customise sa tunique-pantalon, pour la féminiser elle laisse dépasser un bijou ou lui adjoint des éléments de couleurs.