Visite du Trésor de la cathédrale de Sens Jeudi 26 mars 2015

 

Avec Lydwine Saulnier, Marielle Martiniani-Reber et Danièle Véron Denise

 

Odile Blanc, Danièle Véron Denise

                                                                                    Crédits photographiques : Danièle Véron Denise, Odile Blanc

Zone de Texte: Nous avions pour cicerone un trio choisi : Lydwine Saulnier-Pernuit, conservatrice à la Conservation départementale des antiquités et objets d’art (CDAOA) de l’Yonne en charge du Trésor, qui a insisté sur l’importance de ce dernier (l’un des deux plus prestigieux de France) et le choix de sa présentation au cœur du somptueux palais des Zone de Texte: Aux murs de cette même salle, des textiles byzantins de grandes dimensions, précieux suaires ou cadeaux diplomatiques, lampas de soie laiteux aux décors de cercles perlés, où s’affirme l’iconographie impériale du prince maîtrisant à mains nues des lions, éclats violacés, et à peine ternis de la pourpre,  fulgurances du turquoise, couleurs passées qui gardent cependant la trace visible de leur ancienne grandeur. Sous vitrines, des fragments de ces mêmes soieries dont on n’aperçoit plus que le bond joyeux d’un animal en chasse, la patte inquiétante d’un lion ou la pose goguenarde d’un lapin, le regard oblique d’un personnage, le rinceau souple d’un pampre. Et un ensemble de bourses à reliques de tailles diverses, où le génie de la récupération comme celui du tissage

semblent s’être donné le mot pour façonner ces objets délicats où les scènes courtoises brodées tutoient le losange, le cloisonné, le rayé, le point, ramassés dans de petites poches d’étoffe cousues et munis d’anses et de boutons travaillés pour transporter ces trésors.

provenance et véracité.

 

Dans cette salle encore, la gigantesque (l’homme était haut de taille) aube et dalmatique de Thomas Becket, archevêque de Canterbury, un temps réfugié à Sens à la suite de terribles dissensions, tant avec le roi d’Angleterre que le pape, puis assassiné à son retour à Canterbury à la fin du XIIe siècle. Ce vestiaire liturgique, d’une sobriété de lin écru parée de soieries, est aujourd’hui l’objet d’un véritable culte de la part des Britanniques.

 

Dans une salle plus petite venant à la suite, deux panneaux de velours cramoisi accrochés assez hauts sur les murs présentent deux scènes brodées en "or nué"; sur la première, une Crucifixion, la Vierge, saint Jean et Marie-Madeleine se tiennent au pied de la Croix ; sur l'autre, une Pietà, la Vierge contemple le corps sans vie de son Fils déposé sur ses genoux. D'une très belle facture, aussi bien pour le dessin sous-jacent, œuvre d'un artiste chevronné, que pour la qualité d'une technique délicate et prestigieuse où l'or se marie à des soies nuancées, ces deux scènes sont appelées "broderies d'Henri IV". En réalité, ces broderies, destinées à des parements d'autel, sont les seuls restes d'un ensemble

plus vaste commandé très tôt, en 1573, par Henri de Navarre, auprès d'un brodeur chasublier parisien nommé Jacques Damaye. Cette commande a eu lieu peu de temps après ses "noces sanglantes" avec Marguerite de Valois et la funeste journée de la Saint-Barthélemy.  A la mort du roi en 1610, et comme c'était la coutume, sa "chapelle" est passée entre les mains de son

Zone de Texte: Dès l’entrée dans cette salle ombreuse (exigence de conservation des textiles), une tapisserie plantée sur un maître autel frappe le regard par la vivacité de ses coloris et la finesse de son exécution. Tapisserie dite des Trois Couronnements (celui de Bethsabée, celui de la Vierge et celui d’Assuérus) où, lorsqu’on l’approche, la soie mute en un paysage vallonné d’infinies nuances, tandis que l’or révèle le modelé et la richesse de l’apparat de ces figures. Une autre pièce de même facture flamande de la fin du XVe siècle, représentant l’adoration des mages et présentée dans une autre salle, a pareillement été offerte à la cathédrale par le cardinal Louis de Bourbon qui les tenait de son oncle archevêque de Lyon – à vrai dire, on ne s’explique pas vraiment le parcours de ces œuvres.
Zone de Texte: archevêques ; Marielle Martiniani-Reber, qui a partagé sa connaissance approfondie des textiles présentés ; Danièle Véron-Denise a attiré notre attention sur un ensemble de broderies, dit de Henri IV et une broderie de la fin du XVIe siècle déposée au Centre de recherches et d’études du patrimoine (CEREP) qui jouxte la cathédrale.

Enveloppes de reliques qui circulaient d’un bout à l’autre de la chrétienté, mais qui étaient également – eût égard à leur proximité des corps saints – l’objet d’une grande ferveur de la part des fidèles1, ces textiles ont très tôt attiré l’attention du chanoine Eugène Chartraire, historien actif du département de l’Yonne, qui présida, au tournant du XXe siècle,  à l’ouverture des reliquaires et y consacra un inventaire, l’un des premiers du genre concernant les textiles médiévaux2. L’autre salle du trésor montre précisément ces reliques : cadres de bois où, sous une vitre protectrice, s’alignent fioles de pèlerinage embuées de liquides saints,  enchevêtrements de fibres et de textiles, le doigt onglé et momifié de sainte Luce, avec d’autres restes soulignés d’ "authentiques", ces écrits sur parchemin attestant leurs

Grand Aumônier, le cardinal du Perron, archevêque de Sens. A son tour, celui-ci l'offrit à la cathédrale, au moment de sa propre mort en 1618.

 

Grâce à l'amabilité de Mme Sylvie Tersen, conservatrice des Musées de Sens, le groupe a également eu la possibilité d'examiner à loisir une autre broderie fort intéressante, sortie des réserves pour l'occasion, et présentée au CEREP (Centre de Recherche et d'Etude du Patrimoine) situé à la conservation des Musées de Sens, non loin de la Cathédrale. Cette nouvelle pièce, appelée "pente de stalle", s'apparente aux pentes de lit, telles qu'on les utilisait au XVIe siècle. Elle est formée de deux bandes de tapisserie au petit point, en laine rehaussée de soie, cousues ensemble, mais dont la partie centrale a disparu. A gauche, saint Jean-Baptiste porte l'agneau pascal, tandis qu'à droite, saint Jean l'Evangéliste rédige l'Apocalypse. Il s'agit sans doute des saints patrons du brodeur, Jean de Flandres, chanoine de Sens, mort en 1591, qui a eu la bonne idée de signer son œuvre : "I.D.F." Le sujet du milieu, une Vierge dans une gloire rayonnante, a disparu à une date inconnue.

Zone de Texte: 

Zone de Texte: En ce début encore froid de printemps, les adhérents de l’AFET avaient rendez-vous à Sens pour une visite du trésor de la cathédrale, qui abrite, entre autres reliques et merveilles, (ah ! la grande pixyde en ivoire qui déroule l’histoire de Joseph, oh ! la sainte coupe en vermeil du XIIe siècle) une collection textile d’environ cinq cent pièces dont un ensemble majeur et varié, présenté dans la belle salle du palais archiépiscopal.

Plusieurs fois par an, l’AFET propose des visites de collections textiles                                                                                                                                                           En lire plus...